La Remise à Antraigues : “A la table aux souvenirs“ par Marc CANONNE

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Updated: February 5, 2014
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© Jo Lililini

La Remise à Antraigues : “A la table aux souvenirs“

Quelque part dans le monde, plus spécialement en Europe, il y a encore une foultitude de gens, qui se souviennent qu’un jour, pour sûr en janvier, lors d’un rallye automobile, dans un petit village de France, quelqu’un leur avait donné une tarte aux pommes, et une verre d’eau minérale, devant la porte d’un restaurant.

Quand le Monte Carlo, surtout peuplé de pilotes amateurs, puis dans une époque plus moderne des aristocrates de la route, s’envolait pour s’offrir une vitrine magique, avec les fameux “parcours de concentration“ aux départs des villes européennes ralliant la Principauté.

Mais oui, mais c’est certain : ce ne pouvait qu’être en Ardèche, à Antraigues-sur-Volane, le village cher à Jean-Ferrat, devant “La Remise“, arrêt obligé pour déguster la friandise, devenue une halte gourmande de référence.

© Jo Lililini

Et cette fragile jeune fille blonde d’hier devait être Yvette, l’aînée des enfants Jouanny, aujourd’hui très vaillante septuagénaire, s’activant autour d’une table nappée rose vichy, et fleurie d’un joli brin de mimosa.

L’histoire est le roman qui a été. Le roman est de l’histoire qui aurait pu être. Ainsi, on vous prie de croire qu’il s’en est écrit des lignes, des paragraphes, des chapitres, des pages, des ouvrages sur ce site particulier, sur des hommes et des autos. Sur un rallye hivernal à nul autre pareil, et sur des machines de plus en plus sophistiquée, mais domestiquée par des pilotes.

Toujours, nous l’espérons, c’est l’humain qui commandera.

Mais surtout, là, à Antraigues, à “La Remise“ où était sanctifié l’amitié, la fidélité, la générosité, l’authenticité de belles personnes.

Fallait-il donc, que pareille cérémonie de la tarte aux pommes se décline une dernière fois…après quarante ans de tradition balisés de bons sentiments et cinquante ans d’existence de ce lieu saint du Rallye, créé par Albert et Yvonne. Et la mémoire perpétuée par Yvette, Colette et Yves le cadet, qui a fait fabriquer 700 tartelettes aux pommes pour tous les équipages du 17e Rallye Monte Carlo Historique.

© Jo Lililini

Car Yves avait déserté la maison familiale, et sa cuisine pour participer à l’épreuve en compagnie de son fils Eric, à bord d’une Lancia Fulvia HF n°50. 50 comme cinquante ans d’ouverture du restaurant devenu un incontournable site de rencontres, et dont il convenait de célébrer le Jubilé.
Quand dans l’autre siècle, les équipages donnaient du temps au temps, et prenaient la pause, lors des reconnaissances du parcours avant et après Noël. “La Remise“ était l’endroit où il fallait être, comme à “l’Auberge des 3 vallées“ au col du Turini. Comme un “point stop“ de la convivialité, où les épreuves spéciales de la complicité n’étaient pas chronométrées.

Quand les pilotes des années soixante dix, pour la beauté du geste, pour que communion soit fête, emmenaient dans la solennité de l’endroit, les gens faire des tours de manège à bord des “mulets“ de course. Quand les virtuoses du bitume, les as de la glisse n’avaient de compte à rendre, aux assureurs, aux attachés de presse, où directeur de communication. Sinon offrir des plaisirs glacés.

Un quarteron de cuisiniers amateurs – deux journalistes Jean-Louis Filc et moi-même, Jean Michel Gauclère (chirurgien dentiste), Jean-Paul Passot (chirurgien orthopédique) – prirent le pari de faire manger 80 personnes.

© Jo Lililini

Plus l’ivresse avait été grande, plus le délire… immense et le défi énormissime…. au moment de leur investissement spirituel l’année dernière. Devant les fourneaux, douze mois plus tard, il était périlleux de s’aventurer en terrain inconnu. Mais le pari fut magnifiquement relevée. Comme si Bocuse, Ducasse ou Rebchon étaient entrés, par effraction, dans leur âme.

Il était naturel, comme une apothéose, de venir prendre place autour de la “table aux souvenirs“ pour reprendre le joli titre de notre confrère Gil Léon de “Nice Matin“, lors de ce repas de fin d’histoire avec les pilotes d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui et les journalistes de tous âges. La jeunesse des uns et des autres…

Avec un plateau de célébrités couverts de gloire au “Monte Carlo“; car vainqueurs : Jean-Pierre Nicolas (1978), Ari Vatanen (1981), Bruno Saby (1988), François Delecour (1994), “Biche“ (1973 avec Jean-Claude Andruet), Alain Mahé (avec Bernard Darniche en 1979). Egalement présents, Jean-Luc Thérier trahi par des abrutis ayant déposés de la neige 1980 dans la descente de La Bollène, alors qu’il devait triompher, François Chatriot, Christian Dorche, “Tchine“, Edmond Simon etc. Et bien sûr Patrick Tambay, le seul pistard de la bande, qui avait réalisé des prouesses en 1973 sur une Renault 12 Gordini en équipe avec Jean Ragnotti. Denis Giraudet, Dominique Savignoni

© Jo Lililini

Remis de ses turbulentes émotions, après son triste abandon sur le parcours routier à Entrevaux, à 80 kilomètres de Monaco, Yves Jouanny vint recevoir une gigantesque ovation qu’il méritait, tant il s’était investi dans l’esprit, avec l’art et la manière, pour ce rendez-vous de prestige, après avoir célébré l’amitié à très haute densité émotionnelle durant tout ce temps passé.

Le lendemain matin, les 700 tartelettes furent distribuées à tous les équipages encore en course; à ce carrefour des sensations à quelques kilomètres du Burzet ou souffle la burle, ce vent mauvais d’Ardèche.

Dans quelques années, quelque part dans le monde, plus spécialement en Europe, il y aura encore une foultitude de gens, qui se souviendront qu’un jour, pour sûr en janvier, lors d’un rallye automobile, dans un petit village de France, quelqu’un leur avait donné une tarte aux pommes, et une verre d’eau minérale, devant la porte d’un restaurant.

© Jo Lililini et Marc Canonne

One Comment

  1. Desvignes

    February 5, 2014 at 2:47 pm

    Bravo les “Chefs” !
    Il est certain que la période des seventies à La Remise reste dans les mémoires (même des rallywomen) !
    Yves était petit, Eric pas encore né ou bébé, Albert et Yvonne bossaient comme des fous, Yvette était notre copine…
    Les anecdotes sur ce village d’Antraigues ne manquent pas grâce à leur accueil et notre bonheur de s’assoir à leur table.

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