“Monaco – 60 Grands Prix de Légende” / Grand Prix 1988 – Alain Prost – La Bonne Aubaine

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Updated: November 10, 2013
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Fiche Technique

15 mai 1988 – 35e GP de Monaco – 3e manche de la saison
78 tours de 3,328 km, soit 259, 584 km/h.
Équipes : Arrows, Benetton, Coloni, Ferrari, Ligier, Lola, Lotus, McLaren, March, Minardi, Osella, Rial, Tyrrell, Williams, Zakspeed.
Concurrents : 25.
Pole position : Ayrton Senna (BRE) McLaren MP4/4 Honda T – 1’23”998 (142,632 km/h).
Victoire : Alain Prost (FRA) McLaren MP4/4 Honda T – 1h57’17”077 (132,797 km/h).
Tour le plus rapide en course : 59e – Ayrton Senna (BRE) McLaren MP4/4 Honda T – 1’26”321 (138,794 km/h).

Prost-Senna chez McLaren, le manager de l’écurie Ron Dennis se frotte les mains. Il est clair qu’un duo aussi professionnel et perfectionniste doit obtenir des résultats à la hauteur des espoirs placés en eux. De plus, le choix d’abandonner le moteur TAG Porsche Turbo pour le V6 Honda, qui vient de gagner deux titres mondiaux consécutifs avec Williams, s’avère déjà décisif. En arrivant à Monaco McLaren domine déjà le championnat du monde avec deux victoires au Brésil et à Imola ; une pour chacun des deux pilotes et un extraordinaire doublé au Grand Prix de Saint-Marin avec plus d’un tour d’avance sur leurs suivants immédiats. Leurs performances décuplent leur motivation et haussent leur niveau de compétitivité. Leur amour-propre est aussi en jeu et on sent naître une rivalité bénéfique pour la mise au point des voitures.

Elle est en revanche totalement négative dans leurs rapports personnels. Mais à Monaco, rien n’est encore perceptible et Ayrton Senna se montre nettement le plus rapide. Prost, deuxième, concède 1”427, les deux Ferrari de Berger et Alboreto accusent, elles, un retard de 2”687 et 3”299 !

L’ancien vainqueur à Monaco en 1982, l’Italien Riccardo Patrese, est huitième sur la grille à plus de 4”… On a le sentiment que la course est jouée d’avance tant les McLaren sont exceptionnelles. Conscient de l’habileté de Senna, Prost avoue ne viser que la deuxième place. Senna, grandissime favori, imprime sa marque sur le Grand Prix dès le départ au rythme d’une seconde gagnée sur ses poursuivants directs par tour et au prix de quelques frissons. Prost, qui rate une vitesse au moment de s’élancer, est bloqué derrière la Ferrari de Gerhard Berger. Il ronge son frein jusqu’au 53e tour où il double enfin, devant la tribune princière, celui qui lui a fait perdre une cinquantaine de secondes. Au 57e tour il prouve que sa pugnacité est intacte et bat le record du tour. Piqué au vif, Senna réplique deux tours plus tard et abaisse le temps du Français de 39 centièmes. Un appel de son manager, lui recommandant la prudence, le déconcentre. Au 67 e tour, sa McLaren dérape et tape les rails au virage du Portier.

Dépité par cette étourderie de néophyte, il regagne directement son appartement monégasque. Devant une si bonne aubaine, Alain Prost roule sagement vers un quatrième sacre inespéré, sa vingt et unième victoire en Grand Prix pour McLaren. En fin de saison, Senna est champion du monde devant Prost et McLaren obtient très facilement le titre mondial des constructeurs avec trois fois plus de points que son dauphin Ferrari ! Cette annéelà, le monde du sport automobile est en deuil.

« Ferrari lâche le volant » titre à sa une le journal L’Équipe le 16 août. À 90 ans, la « légende » vivante de la compétition automobile, Enzo Ferrari surnommé le « Commendatore » ou encore plus respectueusement « l’ingeniere », s’éteint le 14 août.

 

Les invincibles McLaren MP4/4 Honda Turbo
La McLaren MP4/4 Honda Turbo est sans doute, dans l’histoire, la Formule 1 qui a le plus dominé ses rivales sur toute une saison. Conçue par l’ancien ingénieur de chez Brabham, Gordon Murray, et par l’ingénieur américain Steve Nichols, cette voiture monocoque en fibres de carbone est dessinée sur la base du châssis de l’ancienne Brabham BT 55 à l’aérodynamisme particulièrement soigné.
L’intégration du nouveau bloc moteur japonais Honda RA168E, un V6 double Turbo de 1,5 l de cylindrée développant plus de 1 000 ch à 12 500 tr/min, en a fait une voiture souple à conduire, à l’équilibre parfait. En seize courses du championnat du monde, Alain Prost et Ayrton Senna totalisent quinze victoires: huit pour Senna, sept pour Prost, grand vainqueur à Monaco. Ensemble, ils réalisent dix doublés, Senna en gagne
sept, et est aussi l’auteur de treize pole positions, contre deux pour Prost. Les McLaren sont en tête de bout en bout des seize courses disputées, sauf pendant les deux derniers tours du Grand Prix d’Italie à Monza où les Ferrari Turbo de Gerhard Berger et Michele Alboreto font le doublé. Au nombre des podiums, Alain Prost devance son équipier, quatorze contre seulement onze à Ayrton Senna qui devient pourtant champion du monde
avec 90 points contre 87 à Prost. Grâce à ces résultats exceptionnels, McLaren est champion du monde des constructeurs pour la quatrième fois avec trois fois plus de points que son dauphin Ferrari.

 

“À distance respectable, j’ai commencé un petit jeu pour établir le record du tour le plus
rapide en course. Connaissant l’état d’esprit d’Ayrton il a sans doute été agacé par ma démonstration.”
Alain Prost

alain2Classement
1 Alain PROST (FRA) McLaren MP4/4 Honda T – 1h57’17”077 (132,797 km/h) 9 pts
2 Gerhard BERGER (AUT) Ferrari F187/88C T à 20”453 6 pts
3 Michele ALBORETO (ITA) Ferrari F187/88C T à 41”229 4 pts
4 Derek WARWICK (GB) Arrows A10B Megatron à 1 tour 3 pts
5 Jonathan PALMER (GB) Tyrrell 007 Ford Cosworth à 1 tour 2 pts
6 Riccardo PATRESE (ITA) Williams FW12 Judd à 1 tour 1 pt

Championnat du monde des pilotes 1988
1 Ayrton SENNA (BRE) 90 pts
2 Alain PROST (FRA) 87 pts
3 Gerhard BERGER (AUT) 41 pts

Championnat du monde des constructeurs 1988
1 McLAREN 199 pts
2 FERRARI 65 pts
3 BENETTON 39 pts

 

 

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Grande figure du monde de la Formule 1, de la presse et de l’édition sportives, Renaud de Laborderie a couvert dans sa carrière plus de six cents Grands Prix, ce qui lui a valu d’intégrer le très fermé « Club des 500 ». Son attachement au GP de Monaco ne s’est jamais démenti. Reproduire le texte qu’il lui avait consacré dans lún de ses derniers livres est une manière de lui rendre hommage.

 

Le Grand Prix de Monaco, né le 21 mai 1950, présente la double particularité de s’être déroulé chaque année depuis le 22 mai 1955 sans aucune interruption et, surtout, de ne jamais avoir changé de tracé au coeur de la principauté de Monaco et de l’agglomération de Monte-Carlo.

Le 13 mai 1950, les souverains anglais avaient assisté au Grand Prix d’Angleterre à Silverstone. Depuis lors, ils ne sont pas revenus. Par contre, la tribune officielle de Monaco accueille toujours la famille princière, génération après génération, pour chaque Grand Prix. Rainier III de Monaco était pilote à ses moments perdus (sous un nom d’emprunt). Albert de Monaco n’est pas tourné vers les sports mécaniques mais il est inconditionnel de la F1 (et aussi du Rallye de Monte-Carlo). Dans une nation comme la Principauté, le Grand Prix de Monaco est le fil rouge (et blanc) d’une légende sportive plus riche, heureusement, en hautes péripéties sportives que dramatiques. Le pilotage en milieu urbain est spécifique. L’accident de Lorenzo Bandini, le 7 mai 1967, déclencha des polémiques universelles sur la nature même de la course, entre les immeubles et le port.

Enzo Ferrari, spécialement venu de Maranello pour la levée du corps de Bandini dans son appartement, fut immobilisé quelques heures dans l’ascenseur vers les étages supérieurs de la résidence ultramoderne de Bandini. Le Commendatore en conçut une telle frayeur rétrospective que, de toute sa vie (de 1967 jusqu’en 1988), il n’emprunta jamais plus un ascenseur, que ce soit en Italie ou ailleurs.

Si, au fil des années, le Grand Prix de Monaco est devenu une manifestation essentielle – dans le sport mondial –, à la fois en termes d’image et de performance par les qualités exigées de son vainqueur, c’est bien parce que la magie du cadre monégasque et les conditions imposées aux pilotes débouchent sur un spectacle d’exception.

Dès lors que la F1 avait acquis droit de cité en Principauté et, en plus, valeur d’exemple, les imitations n’ont pas manqué de surgir à travers le monde. Des imitations souvent devenues des contrefaçons. Les Grand Prix en milieu urbain comme Long Beach, Detroit, Dallas, Las Vegas (aux USA), Melbourne (Australie), Mexico City (Mexique), Valence (Espagne) ont eu le mérite d’exister, ne serait-ce qu’un temps. À l’inverse des Grand Prix de Moscou, Rome et Paris, monuments de virtualité…

Détail : en 2011, Bernie Ecclestone a relancé l’idée d’un Grand Prix de New York. Ce projet qui n’est pas inédit reste attrayant. Autre détail : en 1981, dans son projet de calendrier de la « World Federation of Motor Sport », ce Grand Prix de New York était programmé pour le 2 mai 1981. S’il avait eu lieu, on s’en souviendrait…

Retour en Principauté. À Monaco, à l’occasion du Grand Prix, les tarifs usuels ont l’habitude d’exploser ; cette pratique n’est pas propre à Monaco. La principale contrainte se situe dans la durée du séjour : les trois jours habituels (vendredi, samedi, dimanche) passent à quatre (avec le jeudi en plus et le vendredi libre). Cette tradition, articulée autour du jeudi de l’Ascension, ne déplaît pas nécessairement aux techniciens, qui apprécient un vendredi post-premiers essais pour réparer ou mettre au point les monoplaces. Aujourd’hui, le Grand Prix de Monaco n’épouse plus,  automatiquement, le week-end de l’Ascension. Mais il continue de s’étaler sur quatre jours.

Mais Monaco présente une autre particularité essentielle : être un point politico-sportif ultrasensible. Pendant la période du Grand Prix, toute la politique présente ou future de la F1 se discute et se négocie dans plusieurs endroits stratégiques de Monaco, comme l’Hôtel de Paris (surtout son bar), l’hôtel Hermitage (surtout dans les suites qui donnent sur le circuit), le Café de Paris, l’hôtel Fairmount (ex-Loew’s), le Grimaldi Forum, l’ultraraffiné Yacht Club, le restaurant Chez Gianni, le bar du Tip Top, qui abrite les enchères les plus folles sur le Grand Prix, et surtout le restaurant Rampoldi où les tables sont réservées d’une année sur l’autre, etc.

Pendant deux décennies, la Principauté accueillit au Sporting d’Été la cérémonie de remise des prix des championnats du monde de la FIA, en complément du Conseil mondial de la FIA, non moins traditionnel. Jean Todt, le successeur (en 2010) de Max Mosley à la tête de la FIA, a mis fin à cette localisation.

Peu importe. Monaco demeure le point le plus névralgique de toute l’histoire de la F1. D’hier à aujourd’hui et, surtout, à demain…

Extrait de L’Abécédaire insolite de la Formule 1 de Renaud de Laborderie, paru aux Éditions Solar en 2011.

One Comment

  1. blouet

    November 11, 2013 at 8:56 am

    en 1988 après cette victoire a monaco prost n allait pas vers son 4 eme titre, …..il n en avait que 2 …..et comptait en fin d année 35 victoires ……….il sera sacré ensuite en 1989 avec mc laren et en 1993 avec williams…..

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